Un samedi d’hiver classique commence…

Il pleut un peu, mais les vols école de l’après-midi peuvent avoir lieu. L’aérogare est fermée, il n’y a aucun vol commercial

programmé. On se demande pourquoi la Tour reste ouverte…

Quelques indices nous montrent cependant que ce n’est pas un jour comme les autres…

L’ATIS nous transmet un surprenant QNH de 981 hPa (pression ramenée au niveau de la mer). Une forte dépression est en embuscade…

Les proches terrains (Angoulême et Poitiers) sont en condition météo « IFR intensif », avec plafond bas et bon vent de nord. Bizarre cette situation inversée. En général, c’est plutôt Limoges qui a le ponpon du mauvais temps.

Et la consultation de la carte Temsi fait apparaître au nord de la Loire le sinistre symbole de la pluie verglaçante, ressemblant à l’oeil égyptien, mais à l’opposé du rôle protecteur d’Horus…

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Et dans l’après-midi, deux Boeing 737 de Ryanair se présentent  coup sur coup à l’atterrissage, en dehors de toute programmation…

Le premier a renoncé à se poser à Poitiers, à cause du vent excessif pour la 21, et d’un plafond trop bas pour l’approche en 03. Le second a renoncé à se poser à Tours, où la pluie verglaçante a bloqué les installations.

C’est donc deux équipages et des centaines de passagers qui se retrouvent bloqués sur un terrain de déroutement, à cause de la météo…

En avez-vous entendu parler? Heureusement non!

Mais si les pilotes n’avaient pas pris la décision de se dérouter, la fin de leur vol aurait sans doute fait la une des médias…

Les passagers ont été peut-être ennuyés, mais aussi heureux que leur vol finisse bien.

Car le déroutement est une opération aérienne normale.

Il doit faire partie intégrante de votre projet de vol. Vous êtes soumis autant que les professionnels aux aléas météo. Alors agissez comme eux quand la météo se dégrade et engage la sécurité, renoncez, déroutez-vous. Votre ego et vos passagers seront un peu contrariés, mais votre capacité de commandant de bord n’en sera que plus renforcée. Car renoncer à son projet initial demande beaucoup d’énergie. Il faut lutter contre le cours des choses et les pressions extérieurs.

Les tracas occasionnés se transforment toujours en bons souvenirs, mais on ne le sait qu’après. (Les passagers des deux Boeing ont repris la voie des airs un peu plus tard pour terminer leur voyage.)

Et il y a toujours un terrain accessible sur votre chemin.

Tout comme les pilotes des 737 ont trouvé un aéroport de déroutement ouvert sur leur route (l’une des raisons pour laquelle la Tour de Limoges reste ouverte quasi 24h/24), vous aurez toujours un petit terrain prêt à accueillir les roues de votre aéronef à moins de 20 mn de votre trajet.

Réserves de carburant réglementaires :

En avion, quand on a du pétrole, on a des idées. Alors, embarquez la quantité d’essence suffisante, en respectant au minimum ce qu’impose la réglementation, définie par les arrêtés du 24 juillet 1991 et du 3 mars 2006 :

  1. délestage bloc-bloc (roulage+procédures de départ+consommation d’étape+procédures d’arrivées)
  2. réserve de route (la correction du vent ou 10% du temps sans vent)
  3. réserve réglementaire (20 mn de jour, 45′ de nuit)
  4. réserve de 30 mn si vol local au voisinage du lieu de départ (45′ de nuit)
  5. réserve pour une solution alternative (dégagement) si vol hors des abords d’un aérodrome
  6. marge acceptable de sécurité (ce que vous embarquez encore en plus en fonction de la situation et des conditions MTO)

Déroutement = tête froide = pétrole…

Ce diaporama réalisé par la DGAC fait le point sur le sujet, et met l’accent sur la « solution alternative« , apparue en 2006 et très souvent ignorée, et la « marge acceptable de sécurité » intrinsèque au texte de 1991, sujette à interprétation.

La solution alternative consiste à prévoir un déroutement en cas d’impossibilité soudaine de se poser sur le terrain d’arrivée. C’est juste du bon sens.

La marge acceptable de sécurité consiste par exemple à faire le plein si on part avec une météo incertaine, ou si on part faire un long trajet avec un avion ayant une autonomie un peu juste et peu de possibilités de ravitailler sur le trajet.

Ces textes qui n’édictent que des règles de prudence, sont inscrits noir sur blanc dans le Code de l’Aviation Civile. Ils ne seront oubliés ni par les juges, ni par les experts d’assurance qui auraient à intervenir sur un incident ou accident. Vous devez les respecter, car « nul n’est censé ignorer la loi »…

 

Et cherchez page 23 de ce guide Meteo-France le symbole de la pluie se congelant, ou verglaçante. Elle est créée par l’état de surfusion de la pluie qui pénètre dans une couche d’air de température négative. Ce phénomène rare se rencontre dans des conditions particulières, et peut être présent en altitude, sans pour autant toucher le sol. Le pilote doit être très prudent quand il vole à l’avant d’un front chaud, lorsque la température de l’air est négative.